Le Livre dentellier appartient, à première vue, au seul domaine
de l’écriture. Présenté fermé, avec ses
caractéristiques normatives (titre, nom de l’auteur, de l’éditeur),
il est reconnu comme volume à lire. Dès qu’il est feuilleté,
il perd cette appartenance et glisse vers un autre domaine, le plastique.
Le contenu (les mots, le sens en l’occurrence) qui définit le
livre, a quasiment disparu. Les pages dépourvues continuent cependant
à être feuilletées. C’est un nouveau degré
de lecture que je propose, une lecture de « l’absence »,
une non-lecture pour voyants, une lecture en creux, presque tactile.
Pourtant, cet évidement, ce prélèvement des mots laisse
apparaître (transparaître) des formes qui n’étaient
reléguées qu’au second plan (dans le livre romanesque),
formes liées au « confort de lecture » :
justification du texte, chasse entre les mots, rareté des césures,
ponctuations, retours à la ligne, place du folio, du titre courant,
ligature (choix esthétique discrétissime). Ou toutes formes
paratextuelles tel le titre, sous-titre ou intertitres, « lieux
de la dimension pragmatique de l’œuvre » écrit
Genette.
La transparition du texte souche au verso témoigne d’une première
inscription. Ici, c’est bien de palimpseste dont il s’agit. Le
choix travailler sur, à partir de. Partir de quelque chose d’existant,
d’une matière qu’on s’approprie, qu’on transforme,
qu’on ensevelit de manière à la faire (presque) disparaître
ou réapparaître sous un jour nouveau.
L. B.
Le livre dentellier a reçu le Fuseau de Bronze lors de la 12e biennale de la Dentelle de Bruxelles.
octobre 2003 - avril 2004,
impression offset sur papier bouffant,
14 x 20 x 3 cm