Livre dentellier

Le Livre dentellier appartient, à première vue, au seul domaine de l’écriture. Présenté fermé, avec ses caractéristiques normatives (titre, nom de l’auteur, de l’éditeur), il est reconnu comme volume à lire. Dès qu’il est feuilleté, il perd cette appartenance et glisse vers un autre domaine, le plastique.
Le contenu (les mots, le sens en l’occurrence) qui définit le livre, a quasiment disparu. Les pages dépourvues continuent cependant à être feuilletées. C’est un nouveau degré de lecture que je propose, une lecture de « l’absence », une non-lecture pour voyants, une lecture en creux, presque tactile.
Pourtant, cet évidement, ce prélèvement des mots laisse apparaître (transparaître) des formes qui n’étaient reléguées qu’au second plan (dans le livre romanesque), formes liées au « confort de lecture » : justification du texte, chasse entre les mots, rareté des césures, ponctuations, retours à la ligne, place du folio, du titre courant, ligature (choix esthétique discrétissime). Ou toutes formes paratextuelles tel le titre, sous-titre ou intertitres, « lieux de la dimension pragmatique de l’œuvre » écrit Genette.
La transparition du texte souche au verso témoigne d’une première inscription. Ici, c’est bien de palimpseste dont il s’agit. Le choix travailler sur, à partir de. Partir de quelque chose d’existant, d’une matière qu’on s’approprie, qu’on transforme, qu’on ensevelit de manière à la faire (presque) disparaître ou réapparaître sous un jour nouveau.

 

L. B.

 

Le livre dentellier a reçu le Fuseau de Bronze lors de la 12e biennale de la Dentelle de Bruxelles.

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