La durée de vie en tant qu’espace de transformation.
La transformation par la détérioration, elle-même accentuée
par la manipulation des pièces. Malgré toutes les précautions
ou le maniement délicat la dégradation est inexorable. Le papier
se salit ou jaunit.
Il est important pour moi que The Times soit manipulé. De plus, la
dégradation est accélérée par l’intention
délibérée de ne pas fixer le crayon. Les gestes du feuilleteur
deviennent alors plus attentionnés ; du bout des doigts, il tourne
les pages. On devine qu’un changement d’attitude s’est opéré
qui n’aurait pas eu lieu s’il avait affaire à un journal
lambda. Le feuilleteur prend conscience, devant l’objet qu’il
manipule, de son unicité, d’une valeur qu’il ne donnait
pas à son référent.
Il y a alors deux aspects qui découle de cette attitude : l’un
renvoie directement à la durée d’exécution. La
tâche à l’ouvrage, le fait main, l’énergie
dépensée confèrent une certaine préciosité
à l’objet tel un artisan qui a passé des milliers d’heures
à fabriquer une tapisserie. L’autre, évidemment lié
à ce premier aspect, est l’originalité de l’objet.
Non pas sa singularité ou sa distinction formelle par rapport à
ses référents mais sa non-reproductibilité de l’objet,
ou l’objet unique par absolu.
L. B.
février - mars 2003
crayon et pierre noire sur papier,
format fermé, 58,5 x 37 cm et 37 x 29,5 cm